En 2012, j'ai fait nombre d'études audio de mon poème "Du Sable" - écrit en 2009, sur mon petit dictaphone de poche. Cette version-ci est une des variantes où, pour le coup, je « dis » mon texte, non ne le chante - ou à peine : parlé-chanté ici et là.
Enregistrement de modeste qualité, que je tenterais d'arranger en 2019.
(N.B. Je sais avoir, dans mes réserves, des, et notamment UNE version que j'aime beaucoup. Qui est épique. Mais, comme j'ai croisé dans cette version plusieurs lignes (niveaux) de (ma) voix, qui se superposent, s'écartent, s'entrelacent, etc., tout cela sur mon petit dictaphone de poche - et sur son unique piste, eh bien j'ai peur que cela soit parfois... pour les auditeurs ? Hum, hum ? Tandis que celle-ci, au moins, on comprend (presque, vous dites ?) les paroles.)
DU SABLE…
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Caravelle. Et la mer la prendra.
Et nouvelle tempête,
mordra ses flancs de bois.
Et l’enlacera belle,
effrangée dans sa toile,
d’un blanc qui tonne,
de voile déployée…
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Multitude qui déplace des courants d’air,
des forêts s’arrachent…
Et c’est l’insurrection. Ou du bois à sculpter pour toute l’année pour chaque humain. Beauté ? Il n’y a pas de beauté objective,
non.
On dit le style c’est l’homme, ça ne veut rien dire. Le style n’est pas le style mais ce que j’en fais. Au gré de mes rencontres. Heureuses ou malheureuses.
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Vous pouvez me fouiller. Que trouverez-vous ?
Un trousseau de clefs ?
Vous pouvez me pousser. Qu’y gagnerez-vous ?
Je vous donne mon faux nez.
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Moi, je traîne mes casseroles. J’ai ma dinanderie personnelle, patinée ou trop étincelante, ça dépend des facteurs obligeants ou désobligeants.
Et mon corps se soulève.
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Quand mon corps se soulève c’est comme une montagne… de sable qui s’écroule. Montagne un instant. Et c’est l’instant qui compte : la photo choc. Clic-clac. Et puis détale. Une avalanche. De sable…
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Mon sable s’étale avec la fin du jour. Mouillé de sel.
C’est en été qu’on vint
chasser la pierre.
Friable.
Et puis
du sable…
Caravelle. Qui sombre…
Et la mer l’engouffre ! Avec ses gens…
Des yeux qui regardent les eaux se gonfler de la chair qui nage, des yeux qui s’ouvrent… coquillages !, les pieds au fer dans un zoo. De mer. Les fers aux pieds… dans un zoo. De mer.
C’est en été qu’on vint chasser la pierre. Friable. Et puis du sable…
(Philippe Baudet, janvier 2009)